Couper, c'est une compétence.
- Thierry Ferrari
- il y a 5 jours
- 3 min de lecture

Il y a toujours un moment précis où ça commence.
Je ne parle pas du dernier mail envoyé, ni de la porte du bureau qu'on ferme. Je parle encore moins du vendredi soir où l'on se dit enfin. Après tout, tout commence peut être ce vendredi soir.
Pour moi, c'est quand la grue soulève le bateau hors de l'eau.
Je l’observe, suspendu entre deux mondes. Il n’est plus dans l'eau, et pas encore sur terre. Et moi en dessous qui regarde. L'ancien marin reprend son espace. Et quelque chose se remet en place, doucement et sans forcer.
C'est ça, mon signal. C’est mon déclencheur à moi.
Chaque année, à peu près la même semaine, je carène mon bateau avant l'arrivée des touristes. Je me retrouve seul avec mes oreillettes, des podcasts que je n'ai pas eu le temps d'écouter depuis des semaines, et des problèmes à résoudre les mains dans la coque.
Parce qu'un bateau, si tu veux que ça ne coûte rien, tu apprends à tout faire.
Tu achètes les pièces, tu fais, parce qu’en mer, si quelque chose lâche, c'est toi qui trouves la solution. Il vient de là ton choix d’anticiper.
Rappelle-toi « Ce n’est pas le jour du naufrage que l’on apprend à nager ».
Tu connais ton bateau comme certains connaissent leur voiture, au bruit, au comportement, au détail qui cloche avant même que ça cloche vraiment. Tu vois le truc ?
Et pendant que je bricole, j'écoute. Je réfléchis. Je tourne des idées dans ma tête sans les forcer. Je papote avec les marins autour, je rencontre des personnes, je crée mon réseau.
Je m'autorise quand même deux entrainements au tir sur quatre parce que la compétition régionale au 25m approche et qu'on ne coupe pas vraiment de ce qui compte.
Et mon objectif « REGION » est toujours en cours.
On me dit souvent : un bateau, c'est pour les riches.
Un bateau c'est le prix d'une belle voiture. Ce qui coûte, c'est de ne pas savoir s'en occuper. Ce qui coûte, c'est de déléguer ce qu'on pourrait apprendre.
Mais bon, on ne va pas s'attarder là-dessus, c’est un autre sujet.
Ce que je veux te dire, c'est ailleurs.
1440 minutes, par jour. C’est pour tout le monde, sans exception.
Et combien de fois est-ce qu'on entend : "j'ai pas le temps."
Moi jamais je ne me le suis dit depuis plus de 40 ans que je travaille.
Et oui, c’est rarement un fait.
C'est presque toujours une histoire qu'on se raconte très bien. Le cerveau est fort pour ça. Construire des arguments solides. Béton armé. Irréfutables.
Sauf qu'ils sont faux.
Couper, c'est pas du temps volé à la performance.
C'est la condition pour qu'elle existe.
Ce n'est pas du repos au sens comme on l'entend.
Ce n'est pas s'allonger et regarder défiler les nuages en attendant de recharger.
Couper, c'est actif, c'est bricoler, c'est courir, c'est lire, ou aller chercher autre chose.
Pas fuir ce qu'on fait.
La différence entre les deux, elle est énorme. Celui qui fuit revient vidé. Celui qui coupe vraiment revient avec quelque chose en plus.
Je te pose la question directement.Toi, c'est quoi ton bateau ?
Pas forcément un bateau, l'espace, le rituel,le truc qui te remet d'aplomb et que tu repousses depuis trois semaines parce que l'agenda déborde, parce que le dossier est urgent, parce que tu n'es pas encore au niveau où tu pourrais te le permettre.
Tu le connais. Tu sais exactement de quoi je parle.
Est-ce que tu lui fais de la place ?
Est-ce que tu lui donnes une date, un créneau, un engagement envers toi-même aussi ferme que les engagements que tu prends envers les autres ?
Ou est-ce que tu attends que les conditions soient parfaites pour couper ? Au risque d’attendre un temps qui n’arrivera jamais.
Parce que les conditions parfaites pour couper, elles n'arrivent jamais toutes seules, elles se déclenchent par l’action.
Couper ne se mérite pas.
Ça se décide.
À très vite. Thierry.





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