Un rapport de force ne se gagne jamais au moment où il commence à se voir
- Thierry Ferrari
- 1 févr.
- 3 min de lecture

Ce que l’on a pu observer au sommet de l’économie mondiale donne l’illusion que tout se jouait dans l'instant autour d’une table.
Dans des négociations tendues. À coups de déclarations et de silences calculés.
Je n’y crois pas une seconde, je ne veux pas insulter mon intelligence.
Le rapport de force a commencé bien avant.
Du coup, ce que nous voyons en direct n’est que la partie visible d’un jeu engagé depuis longtemps.
Un rapport de force ne naît jamais dans l’instant.
Il est toujours la conséquence d’années de décisions, d’anticipations, de renoncements assumés ou évités.
Les cartes ne sont pas distribuées au hasard.
Elles sont posées, déplacées, sécurisées, parfois même verrouillées.
Ce que certains vivent dans l'instant comme une contrainte soudaine est souvent le résultat d’un manque de préparation passé.
Et ce mécanisme vaut autant pour la géopolitique que pour le monde de l’entreprise.
Dans l’entreprise, beaucoup découvrent le rapport de force trop tard.
Quand un client impose ses conditions.
Quand un partenaire ferme le jeu.
Quand un marché se tend brutalement.
Quand une négociation bascule sans prévenir.
À ce moment-là, on parle de stratégie.
Mais en réalité, la stratégie aurait dû exister bien avant, oui bien en amont.
Parce que lorsqu’on entre dans un rapport de force sans préparation, on ne négocie pas.
En fait, on subit.
La vraie stratégie ne se montre jamais au grand jour.
Elle ne s’affiche pas, elle ne se revendique pas, elle ne se commente pas.
Elle se construit bien avant d’être nécessaire, souvent dans le silence et parfois dans l’inconfort.
C’est ce temps où l’on réfléchit quand rien ne presse encore, où l’on prépare des scénarios que l’on espère ne jamais avoir à utiliser, où l’on renforce ses marges de manœuvre alors même que tout semble encore stable.
Dans un rapport de force, celui qui improvise donne l’illusion de l’agilité, mais il a déjà perdu une partie de sa liberté.
Car l’improvisation sous contrainte n’est pas un talent, c’est un aveu de retard.
Sur scène, je le vois immédiatement : ceux qui “improvisent” parce qu’ils n’ont pas préparé confondent liberté et bricolage.
La maîtrise, elle, vient d’un travail invisible.
Le jour de la conférence, il ne s’agit plus d’inventer, mais de tenir.
Ceux qui tiennent dans la durée ont pensé avant d’avoir besoin de penser.
Ils ont structuré leurs options, posé leurs lignes rouges, accepté à l’avance ce qu’ils étaient prêts à perdre et ce qu’ils refusaient de sacrifier.
Rien n’est laissé au hasard, non par obsession du contrôle, mais parce que le hasard est un luxe que l’on ne peut plus se permettre quand la pression monte.
Et c’est exactement là que la différence se fait : quand le rapport de force devient visible, la décision est déjà prise depuis longtemps.
En entreprise, le rapport de force commence bien avant la confrontation.
Il commence dans la dépendance à un client unique, dans l’absence de plan alternatif, dans le manque de réserves, humaines, énergétiques, financières.
Celui qui se prépare en amont choisit quand il négocie, quand il accepte, et surtout quand il peut dire non sans trembler.
Celui qui ne se prépare pas justifie, s’adapte, encaisse… et appelle ça de la résilience.
La préparation n’est pas une option stratégique.
C’est une condition de souveraineté.
Sur scène, c’est exactement ce que je mets en jeu car dans mon métier, je le vois sans cesse.
Ceux qui tiennent sous pression ne sont pas ceux qui parlent le mieux de stratégie.
Ce sont ceux qui ont travaillé leur mental, leur énergie et leurs scénarios bien avant d’en avoir besoin.
Quand le rapport de force arrive, ils ne paniquent pas.
Ils exécutent.
Comme lors d’une conférence : le jour J, on ne réfléchit plus, on tient ce qui a été préparé.
Parce que leur cerveau n’est pas en mode survie.
Il est en mode application du plan.
Alors la vraie question n’est pas :
comment vais-je réagir quand le rapport de force arrivera ?
La vraie question est : qu’ai-je déjà préparé avant qu’il n’arrive ?
Dans un monde instable, celui qui tient n’est pas celui qui réagit le mieux.
C’est celui qui a anticipé le plus tôt.
La stratégie n’est pas un luxe intellectuel.
C’est une discipline mentale et organisationnelle.
Et dans tout rapport de force, la victoire appartient rarement à celui qui parle le plus fort,mais à celui qui était prêt bien avant les autres.
À samedi prochain.Thierry.





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